(sociales, urbaines & numériques)

 

Panneaux d’indication, poteaux, pancartes, feux de signalisation : l’espace public est encombré et la ville perd de sa lisibilité. Pourtant, ces signes qui jalonnent nos trajets sont autant d’interfaces nécessaires à la compréhension de l’environnement urbain et à l’adoption de comportements adéquats. La signalétique explore alors de nouvelles solutions : invisibles (avec le numérique) ou mobilisant davantage des sens jusqu’à présent peu sollicités, comme l’ouïe ou le toucher (Voir aussi billet Le numérique révèle la ville sensible).

 

 

Nicolas Nova évoque par exemple les dispositifs podotactiles, initialement destinés aux malvoyants, qui s’accumulent dans l’espace urbain, proposent une autre forme de guidage et, partant, un renouveau de la « lecture » de la ville. Dan Hill, dans cette vidéo, présente des projets expérimentaux de feux de signalisation qui parlent aux passants. Il ne s’agit pas tant de les renseigner que de les surprendre : le dialogue se noue presque inévitablement entre acteurs et spectateurs de la scène.


Avec le numérique, la ville s’augmente de nouvelles interfaces. La période est propice à la participation des usagers dans cette production collective de sens. La révolution du web 2.0 montre l’intérêt que chacun puisse apporter sa pierre, en fonction de ses envies et de ses besoins, à l’enrichissement d’outils collaboratifs qui sont autant de nouvelles interfaces : des city-guides interactifs, des systèmes d’alerte en cas de problèmes de trafic… Les possibilités offertes par les contributions des usagers permettent d’envisager des outils plus performants grâce à une grande précision des données. Ainsi, au-delà de sa flotte de véhicules qui sillonne les routes, le service de cartographie numérique NAVTEQ utilise un outil appelé Map Reporter qui propose aux individus de corriger des informations incorrectes. Google Maps propose une fonction similaire. Un GPS social et gratuit a même vu le jour : Waze est un outil entièrement généré par ses utilisateurs qui cartographient au fur et à mesure leur environnement !



Ce qui se démocratise ici, c’est le design lui-même : d’un côté, les politiques de la ville se démocratisent à l’aide du design. De l’autre, les usagers s’emparent du design pour produire et proposer de nouvelles applications servicielles basées sur les données publiques, avec le même souci : rendre la complexité accessible à tous. A l’heure où la ville s’édite par ceux qui la vivent, le citadin devient un média. A ce titre, il devra prendre part lui-même au difficile exercice de produire des « contenus HQU ». La « haute qualité d’usage » n’impose qu’une seule chose : adapter les outils aux personnes les moins à l’aise avec eux, par l’interface la plus adaptée. C’est une condition pour que la ville soit lisible et donc accessible à tous.

 

J’ai écrit cet article avec Caroline de Francqueville, urbaniste au Groupe Chronos. Il est originalement publié sur leur blog.


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